| Pisonia grandis, NYCTAGYNACÉES | Société, Tahiti : | puatea |
| Arbre à pirogues paumotu | Tuamotu, Gambier : | puka-gatae-toatoa |
| Australes : | ||
| Indigène | Marquises : | puatea |
Description Le puka ou gatae (pisonia grandis) est un arbre majestueux qui dépasse généralement les cocoteraies des atolls des Tuamotu où il pousse ou y poussait en grand nombre, comme à Napuka. Il est davantage connu de nos jours dans cet archipel sous le nom de gatae, alors qu’autrefois il était également appelé puka, toatoa, mahame, puatea. Le nom de certaines îles viendraient de cet arbre : Napuka, Puka-Puka, Pukarua. Ailleurs, il est appelé atae (Iles de la Société), gatae (Samoa). Légende Ce texte déclamatoire (fakatara/fakateni) de Te-Puka-Maruia, ci-après, est révélateur de l’importance que prenait cet arbre dans le paysage pa’umotu d’antan : O Te-Puka-Maruia te henua
Nohoraga tapairu ki ruga i Ragi-Hoa Takahiga taku vae ki Te-Fano-Maruia Kïkiviri tamariki tögaegae Kopukopu tamariki pörourou Hiri-Oro ki te maruga henua Ka topa te maru o Tïtoro-Mata-Uiui Fänako mai rä koe e Te-Vahine-te-Hinano ë Ki töku käega ko Te-Puka-Maruia te henua Te-Puka-Maruia est un ancien nom de Näpuka. Ce dernier nom était également en usage autrefois, mais incluait alors l’île de Tepoto. Pour différencier donc les deux îles à l’époque, on les appelait Te-Puka-Ruga (le puka du haut) ou Te-Puka-Maruia et Te-Puka-Raro (le puka du bas) ou Te-Puka-Marumaru (le puka ombrageux) ou encore Tepoto-Nui, limité aujourd’hui à Tepoto. Te-Rehurehu, fille de la reine Unuhia et de Tetira, fut la première souveraine intronisée à Tïtoro-Mata-Uiui (premier nom connu de Näpuka). Elle a pris son nouveau nom Maruia dès son intronisation et l’île celui de Te-Puka-Maruia (le puka de Maruia). La signification du nom de la jeune reine viendrait de l’ombre du puka (pisonia grandis), cet arbre majestueux qui y poussait en très grand nombre rendant ainsi à ces deux îles une végétation luxuriante et renommée, à une époque où le cocotier était quasi-inexistant. L’ombre fournie par le puka était en effet la fierté de la reine et de sa population, et parfois aussi l’objet de jalousie et de convoitise comme celle de Te-Vahine-te-Hinano, citée dans le fakatara. Le puka (est l’arbre qui) donne de l’ombre à l’île. Usages : Outre l’ombre tant appréciée qu’il fournissait à ces atolls très exposés aux caprices de la nature (soleil torride à longueur d’année, vents et houles menaçants à certaines périodes de l’année…), il offrait aussi son bois pour la construction de pirogues, de cases… ; et ses feuilles comme tapis ou couverture des mets mis au four à l’étuvé « rokita katiga », en particulier pour la tortue : un met royal, objet de rite et réservé jadis qu’aux hommes. Il rentre également dans quelques recettes de la pharmacopée pa’umotu. Toutefois, son bois tendre, spongieux et fragile n’est pas considéré de bonne qualité puisqu’il s’effrite assez vite à une exposition régulière à l’élément liquide : les pirogues, par exemple, ne durent guère plus d’un an pour une utilisation intensive. Pourtant, le bois du puka résiste bien à l’agression des insectes tels les termites. Il peut donc durer longtemps s’il n’est pas en contact répété et prolongé avec l’eau. Autre avantage, ce bois est très facile à travailler, surtout lorsqu’il vient juste d’être coupé. Les anciens artisans pouvaient, en une journée, construire entièrement une pirogue pour être mise à l’eau dès le lendemain pour une partie de pêche, par exemple à la bonite qui constitue l’une des pêches les plus spectaculaires où le pêcheur se tenant debout sur une frêle embarcation ramenait des prises à la suite, avec une vitesse exceptionnelle, dans une ambiance sportive et de joie : véritable jeu ou épreuve d’adresse qui valorise le pêcheur aux yeux de ses compagnons de sortie et de la population entière. Son enthousiasme et adresse lui causent parfois des surprises ; emporté par l’élan, il sombre sous le poids de sa cargaison. L’homme n’est pas le seul à apprécier le puka dans ces atolls pa’umotu, qualifiés par certains de rudes voire hostiles, car nombreux sont les oiseaux marins qui viennent y trouver refuge ou s’y nicher : frégate (kotaha), sterne blanche (kïrärahu), noddi noir (kïkirirï), noddi brun (göio), fou (kariga)… Ces derniers deviennent d’ailleurs pour l’occasion un gibier, très estimé, l’une des rares chairs d’animaux terrestres, ou plus précisément de volatiles, que les Pa’umotu peuvent se procurer. Les insulaires de Napuka les capturent avec une gaule munie d’un noeud coulant (here) ou avec une épuisette (tiromi). A la floraison du gatae, les oiseaux sont piégés naturellement par la glu des fleurs. L’autre hôte connu du puka est le crabe de cocotier (kaveu) qui aime creuser sa tanière sous le tronc d’un vieux puka, notamment celui qui est érodé par l’âge. Il est vrai que les très vieux puka présentent généralement à la base de leur tronc des trous qui peuvent parfois laisser entrer une voire plusieurs personnes. En conséquence, le puka a joué un rôle très important, voire sacré, dans le milieu pa’umotu comme nous montrent ces faits. Source : J. Kape |