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Date(s) - dimanche 19 avril 2020 au mercredi 29 avril 2020
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Ce chapeau (n. inv 2005.8.2) d’une grande finesse de tressage appartenait à la Reine Pomare. Décoré d’un fin bouquet floral à l’avant, sa petite taille (21,5×19,5×3,5 cm) en fait un objet d’apparat plutôt que de protection. N’oublions cependant pas que le port des chapeaux et bonnets fut imposé par les missionnaires pour le culte chrétien.

La reine avait un gout avéré pour les couvre-chefs et le tressage. Deux autres chapeaux similaires, attribués à sa main, sont conservés dans nos collections. Celui-ci est cousu et évoque ainsi un autre type de couvre-chef dont la mode fleurit dans la seconde moitié du XIXe siècle, en France notamment : celui des canotiers qui se démocratisent chez l’homme dans un premiers temps, puis chez la femme.

Il ne semble malheureusement pas exister de portrait de la souveraine ornée de ce charmant chapeau, elle qui, à d’autres reprises, est représentée arborant couronnes de fleurs ou couvre-chef de tissu.

Ce chapeau confectionné par la reine Pomare est également intéressant par son histoire. Il fut offert par cette dernière à François-Emile Atger, qui, avec son beau-père Thomas Arbousset, furent les deux premiers pasteurs français de la Société des Missions Evangéliques de Paris à arriver à Tahiti en 1863. Atger reçut ce cadeau lorsqu’il quitta Tahiti avec sa famille en avril 1870 sur la frégate Isis.

Le chapeau fut transmis à la fille de François-Emile Atger, puis à son petit-fils, Henri Clavier professeur de dogmatique à l’université de Strasbourg et auteur du livre : « Thomas Arbousset, pionnier » Paris, 1963, lequel ouvrage est un récit du séjour de ce dernier au Lesotho (Afrique Australe) puis à Tahiti.

Ses descendants décidèrent d’offrir ce chapeau au Musée de Tahiti et des Iles – Te Fare Manaha, offert à François-Emile Atger en 1870, en témoignage des liens de confiance et d’amitié qui avaient été établis. En 2001, le Musée reçut un courrier de Monsieur Paul-Henri Clavier, dont le père Henri Clavier, était le petit-fils de François-Emile Atger et ainsi arrière petit-fils de Thomas Arbousset.

Précis historique sur la Société des Missions Evangéliques de Paris (S.M.E.P.) par Vairea Teissier

Il nous faut tout d’abord aborder une rétrospective historique succincte des 30 dernières années qui précèdent l’arrivée de Thomas ARBOUSSET en 1863 et de celle de son gendre François-Emile ATGER l’année suivante, pour comprendre la présence à Tahiti de la Société des Missions Evangéliques de Paris, la S.M.E.P. de 1863 à 1884.

L’entrée en scène de la Mission Catholique française dans nos îles, qui étaient jusqu’alors le bastion des missions de la London Missionnary Society (L.M.S.) depuis 1797, est un des éléments déclencheurs de l’établissement du Protectorat en 1842 par la France. Le refus de la reine d’accepter la ratification du Protectorat en 1843 et son exil volontaire dans les Îles-Sous-le-Vent vont soulever des hostilités qui se manifestent par la guerre franco-tahitienne de 1844 à 1846.

Devant cette situation de crise, l’on assiste dès 1844 au départ progressif des missionnaires de la London Missionnary Society et à l’installation officielle de missionnaires français qui établissent des écoles catholiques. Le gouvernement du Protectorat prône la mise en place de l’Eglise tahitienne officielle qui va désormais diriger les communautés protestantes.

Au-devant de situations délicates et parfois intolérables et dans le souci de perpétrer la mission évangélique entreprise depuis une soixantaine d’années par la L.M.S., le Révérend HOWE décide de lancer un appel à la venue et à l’installation de pasteurs protestants français, décision courageuse et sage qui sera appuyée par la reine POMARE.

Le pasteur Thomas ARBOUSSET arrive le 26 janvier 1863 avec sa fille à Pape’ete, où ils sont accueillis par le Révérend HOWE. La reine POMARE qui se trouvait à Ra’iatea pour le mariage de son fils lui envoie un message de bienvenue en ces termes :

« O Arbousset ! paix te soit et soit aussi à ta fille de la part de Dieu ! Lorsque j’ai appris que tu venais à Tahiti, cela m’a causé une grande joie parce que ta religion est la même que la mienne et que ton désir et mon désir en sont un. Moi et mon peuple, nous désirons un ministre de la foi dont on a fait profession chez nous depuis le temps de nos pères et mères et jusqu’à mon temps… » Ra’iatea, le 15 mars 1863.

Thomas ARBOUSSET, pasteur à Pare, visite officiellement les centres protestants des Etablissements Français aux îles de la Société, aux Australes et dans les Tuamotu. Il organise la mission française et veut créer une école protestante… Il publie en 1864, en français et en tahitien, un manuel, « Communications et Instructions chrétiennes faites aux Eglises protestantes de Taïti, Moorea et des Tuamotu ».

Il fait appel à son gendre François-Emile ATGER qui arrive à Tahiti le 10 juillet 1864. Ce dernier le remplace dans ses fonctions de pasteur à Pape’ete. François-Emile ATGER sera le créateur de l’école protestante française-tahitienne et en assurera la direction jusqu’à l’arrivée de M. et Mme VIENOT en 1866.

Thomas ARBOUSSET et François-Emile ATGER participent à la venue de Frédéric VERNIER en 1867 dans le but de continuer à stimuler la mission et surtout à lui donner un statut. C’est ainsi que le 23 janvier 1884, le président de la République, Jules GREVY, signe le décret instituant le Conseil Supérieur des Eglises Tahitiennes.