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Date(s) - jeudi 30 avril 2020 au dimanche 31 mai 2020
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Parmi les collections graphiques du Musée de Tahiti et des îles, on recense des estampes reproduisant certains dessins originaux réalisés par les explorateurs occidentaux durant leurs séjours de « découvertes ».

Les équipages des expéditions du XVIIIe et XIXe siècles comptaient en effet des scientifiques qui, accompagnés ou non d’artistes attitrés, prirent soin d’immortaliser avec grand détail ce et ceux qu’ils purent observer alors.

Voici donc une série d’estampes réalisées par procédé de gravure d’après les dessins originaux de Wilhelm Gottlieb Tilesius von Tilenau. Docteur en médecine, il fut membre de la première expédition de circumnavigation russe. Dirigée par le Capitaine Adam Johann von Krusenstern, l’expédition et ses deux navires le Nadejda et le Neva accostèrent début mai 1804 à Taiohae, Nuku Hiva. Pendant dix jours, l’équipage explora la côte sud de l’île.

Tilesius réalisa plusieurs dessins détaillés qui nous permettent d’admirer coiffes et ornements déjà évoqués dans de précédentes publications. Il collecta également de nombreux objets.

Au retour de l’expédition, un Atlas séparé constitué d’une trentaine d’estampes de ses originaux fut publié, outre les différentes publications des journaux des membres de l’équipage. Pour celui-ci mais aussi à la suite de sa parution, des gravures ont alors été produites par diverses mains. Avec plus ou moins de fidélité, elles ont permis une reproduction à grande échelle des illustrations du voyage russe à partir de 1830.[1]

Pour en savoir plus sur les procédés de gravure :

Claude Gondard, « Les procédés de gravure »Bulletin de la Sabix [En ligne], 47 | 2010, mis en ligne le 30 décembre 2012, consulté le 27 avril 2020.

Les gravures reproduites font aujourd’hui partie du paysage iconographique dédié à l’archipel des Marquises, à sa pratique du tatouage patutiki, ou plus largement, à la Polynésie. Parmi les quatre que nous conservons au Musée de Tahiti et des îles, peut-être en avez-vous déjà vu une ?

La première image représente deux marquisiens tatoués conversant au premier plan et deux autres personnages debout au loin. Cette estampe, dont nous ne connaissons pas le graveur, semble, à l’exception des traits du visage des deux hommes figurés au premier plan et de quelques remaniements de leur musculature, assez fidèle au dessin original aquarellé de Tilesius.[2] Vous aurez peut-être aperçu cette image, tronquée, dans l’ouvrage de Karl von den Steinen sur le tatouage marquisien ?[3]

Peut-être connaissez-vous la suivante ? Cette reproduction de la gravure d’Egor Scotnikoff d’après Tilesius offre d’autres détails. Ce portrait en buste révèle de fins motifs utilisés en bandeaux parallèles ou sinueux et épousant alors les formes de la physionomie masculine. Remarquez aussi ce plastron en damier ornant le torse. Ces motifs imbriqués, les observateurs les ont comparés à de la broderie ou de la dentelle.[4]

Tilesius porta également une attention particulière aux coiffures et ornements des Marquisiens et Marquisiennes. Ci-dessous, sur la série de portraits de face, profil et de dos, il y représente divers colliers, ornements d’oreilles et de tête, ou encore des coiffures savamment arrangées. Il s’agit d’un morceau choisi d’une estampe réalisée d’après la gravure de Ignaz Sebastian Klauber, retravaillant lui-même un dessin de Tilesius, pour l’atlas de Krusenstern.

 

Pour finir, sur son portrait de femme de Nuku Hiva regravé ici par Scotnikoff, Tilesius représente les fins tatouages féminins situés habituellement sur les mains, les lèvres et derrière les oreilles. D’autres figurent sur le cou du modèle, autrement orné d’un collier, jaune sur le dessin original.[5] Tilesius identifie ces « fruits jaunes » comme tehaau ‘ua ou tehaa cua, et il semble que leur rendu sur la gravure de l’atlas diffère de leur représentation originale sur un des autres portraits dressés par l’artiste.[6] Car c’est toute la difficulté des gravures, elles prennent parfois de grandes libertés par rapport aux dessins originaux. Ces modifications peuvent même engendrer l’ajout d’objet, le retrait de personnages ou des changements complets de décor. Attention alors à toujours les regarder d’un œil averti !

 

 

Références :

Kjellgren, Eric and Carol Ivory. Adorning the World : Art of the Marquesas Islands. New York: Metropolitan Museum of Art, 2005.

Ivory, Carol S. « Images of the Marquesas from the Krusenstern Expedition. » Rapa Nui Journal: Journal of the Easter Island Foundation Vol. 18 (2)(2004), Article 8. Disponible à : https://kahualike.manoa.hawaii.edu/rnj/vol18/iss2/8, consulté le 24 avril 2020.

Steinen, Karl von den. Les Marquisiens et leur art. Volume I-II-III – Les collections. Tahiti : Au vent des îles ; Musée de Tahiti et des îles – Te Fare Manaha, 2016.

Govor, Elena et Nicholas Thomas, Eds. Tiki: Marquesan Art and the Krusenstern Expedition. Leiden: Sidestone P, 2019. Pacific Presences: Oceanic Art and European Museums 5.

 

Pour en savoir plus sur le patutiki :

Huukena, Teiki. Te patu tiki, dictionnaire du tatouage polynésien des îles Marquises – Hamani haa tuhuka te patu tiki. Nîmes : Tiki Editions, 2 vol., 2011 ; 2016.

Ottino-Garanger, Pierre and Marie-Noëlle Ottino-Garanger. Te Patu Tiki – Le Tatouage aux îles Marquises. Tahiti : Ch. Gleizal Editeur, 1998.

[1] Carol S. Ivory, « Images of the Marquesas from the Krusenstern Expedition, » Rapa Nui Journal: Journal of the Easter Island Foundation Vol. 18 (2) (2004), Article 8, 126.

[2] Art collection, TIL003. Elena Govor et Nicholas Thomas (eds.), Tiki: Marquesan Art and the Krusenstern Expedition (Leiden: Sidestone P, 2019. Pacific Presences: Oceanic Art and European Museums 5), 141. 1

[3] Karl von den Steinen, Les Marquisiens et leur art. Volume I. Le tatouage (Tahiti : Au vent des îles ; Musée de Tahiti et des îles – Te Fare Manaha, 2016), p42.

[4] Ibid., 152.

[5] Wilhelm Tilesius, [Portrait of woman of Nuku Hiva], aquarelle, sepia, Université de Leipzig, Art collection, TIL005.

[6] Govor et Thomas (eds.), Tiki: Marquesan Art and the Krusenstern Expedition, 125.